Publié le 02/12/2020

Avancée de la Chalarose du Frêne en Pays de la Loire, le point sur la situation

Etude sur les conséquences de l’émergence de la Chalarose du Frêne sur les paysages et la biodiversité

La Chalarose du Frêne est une maladie émergente en Pays de la Loire qui se propage par voie aérienne et touche principalement les jeunes Frênes. Cette essence est l’une des principales présentes en Vallée de la Loire mais aussi dans d’autres territoires régionaux aux paysages emblématiques, comme le Marais Poitevin. L’infestation des peuplements ligériens par cette maladie pourrait avoir des conséquences importantes d’un point de vue paysager, socio-économique ainsi que pour la biodiversité.

Le Conservatoire d’espaces naturels des Pays de la Loire s’est emparé de cette problématique dès 2017, et a initié une démarche multi-partenariale en 2018. Ce travail consiste d’une part à communiquer sur cette maladie et d’autre part à initier une expérimentation visant à déterminer l’impact de la taille en têtards des frênes sur la propagation de la maladie.

Sont partenaires de cette démarche : la Région des Pays de la Loire le Parc naturel régional du Marais Poitevin, le Parc naturel régional Loire Anjou Touraine, Mission Bocage, l’INRA, la Communauté de Communes du Pays Fléchois et la Fédération des chasseurs de Maine-et-Loire.

Progression de la maladie à l’échelle des Pays de la Loire

La première détection de maladie des frênes en Pologne date de 1990. En France, elle fut observée pour la première fois en Haute-Saône en 2008. Dans les Pays de la Loire, son arrivée récente a été détectée par le Nord/Nord-Est de la région en 2015.

Avancée de la Chalarose par le Département de la santé des forêts  © DSF 2018

Bilan des suivis à ce jour

Formation Chalarose 2018 dans une frênaie touchée depuis 2012 dans l'Orne  © CEN Pays de la Loire

A l’initiative du groupe de travail régional mis en place, des sites pilotes ont été identifiés afin de mettre en place le protocole de suivi déjà testé sur le Marais Poitevin depuis 2017. L’ensemble des partenaires du projet a pu participer en 2018 à une journée de formation à la reconnaissance de la maladie et à l’attribution des critères de notation instaurés par le Département de la santé des forêts. Au total, dans la région, ce sont 804 arbres marqués sur plusieurs territoires qui constituent les sujets de cette étude.

Marais mouillé Poitevin (85), suivi réalisé par le PNR du Marais Poitevin

La maladie est connue en Marais Poitevin depuis 2016. Devant ce constat, dès 2017, 10 placettes de suivis dans le périmètre du site classé ont été suivies par le PNR Marais Poitevin. Comme attendu, au cours des deux dernières années, une apparition rapide et intense des symptômes de la maladie est observée sur les arbres les plus jeunes dans un secteur deux-sévrien et vendéen (Benet, Le Mazeau …). Parmi les arbres suivis, des têtards récemment émondés présentent des symptômes marqués sur les repousses : des branches mortes dépassent du houppier.

La maladie s’étend relativement lentement sur les communes voisines, et les tous premiers symptômes sont visibles à Damvix, Bouillé-Courdault, Saint-Sigismond et jusqu’à Nalliers. Pour le moment, certains secteurs semblent indemnes : boisements humides de Doix-lès-Fontaines, Saint-Pierre-le-Vieux, La Taillée… Il faut cependant s’attendre à ce que ces communes soient touchées dans les années à venir.

Site Natura 2000 Vallée de la Loire des Ponts de Cé et ses annexes (44), suivi réalisé par le CEN Pays de la Loire

Sur le site Natura 2000, le protocole est opérationnel depuis juillet 2018. Depuis, 8 placettes de suivis sont identifiées et totalisent 221 arbres marqués avec l’accord des propriétaires. A ce jour, la Chalarose du Frêne est présente sur ce territoire mais aucun des frênes marqués ne présentent de symptômes de dépérissement attribués à la maladie.

RNR des Basses Brosses (49), suivi réalisé par la Fédération des chasseurs de Maine-et-Loire

L’expérimentation a débuté sur ce site en 2018 avec 3 placettes de suivis qui totalisent 88 arbres marqués. A ce jour, aucun des arbres marqués ne présentent de symptômes imputés à la Chalarose du Frêne.

De nouveaux sites pilotes en 2019

D’autres territoires accueillant des sites pilotes débuteront leur suivi cette année en 2019 :

RNR Marais de Cré-sur-Loir et la Flèche (72), suivi réalisé par la Communauté de communes du Pays Féchois
RNR des Dureaux (72), suivi réalisé par le CEN Pays de la Loire
Site Natura 2000 Vallée de la Loire des Ponts de Cé à Montsoreau (49) et Site Natura 2000 Basses vallées de la Vienne et de l’Indre (49), suivis réalisés par le PNR Loire Anjou Touraine

Cycle de la maladie

Cycle de la Chalarose - © Parc naturel régional du Marais Poitevin

La maladie ne tue pas toujours directement les arbres mais les affaiblit en ouvrant la voie à des agents prédateurs (autres champignons, insectes et oiseaux) qui entraineront progressivement la mort des sujets.

Des symptômes de dépérissement marquants

Concrètement, les signes de la maladie, bien visibles en début d’été, sont des paquets de feuilles desséchées en bout de branches (où les spores du champignon pathogène viennent se poser) ainsi que des nécroses brun/ocre sur les branches hautes. Le sujet atteint présente alors des branches défeuillées en cime et beaucoup de gourmands (branches secondaires) sur les branches basses et le tronc (produites par le système de défense de l’arbre). Sur un frêne touché par la Chalarose depuis plusieurs années, les anciennes nécroses cicatrisées sont alors moins colorées mais marquées de traces en relief. A un stade de dépérissement encore plus avancé, la base du tronc (collet) se trouve nécrosée.

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1 - Feuilles désséchées                 2 - Nécros brun/ocre sur le tronc   

3 - Branches défeuillées en cime   4 - Nécrose au collet mise en évidence après grattage

En 2020 : Que faire, aujourd’hui, en Pays de la Loire ?

L’avancée de la maladie ne peut être contrée puisque les spores du champignon sont disséminées par l’air et le vent. L’abattage est donc totalement inutile et induit le risque d’abattre des arbres « résistants » au pathogène.

Ainsi, il est préconisé de :

  • Ne plus faire de plantations de frênes. En effet la probabilité de mettre en terre des plants contaminés sans symptômes apparents est très élevée.
  • Planter de nouvelles essences d’arbres afin d’anticiper le renouvellement de la trame arborée. Des programmes de plantation ont vu le jour pour diversifier les essences qui constituent le bocage.
  • Les branches mortes peuvent être coupées au fur et à mesure de leur apparition pour un effet esthétique.
  • Poursuivre l’émondage régulier pour éviter que des branches trop grosses ne viennent déstabiliser le tronc du têtard.
  • Sur un sujet atteint depuis des années par la maladie, la nécrose du collet fragilise la stabilité de l’arbre c’est seulement à ce moment là que la question de l’abattage de l’arbre en question peut se poser pour des raisons de sécurité.